| COSTE Toujours,Tu m'intéresses
De tous les vidéastes français qui font des installations, Michel Coste est à coup sur le plus prolifique. En moins de dix ans il a conçu et mis au monde de ses mains près de vingt sculptures vidéo. Il boulonne, il dépend, charcute, colle, cloue, peint, polit, caoutchoute. Menuisier, ferronnier, mécano, horloger : travail de force, travail de précision, Coste est un polytechnicien.
Pour montrer des images, il faut d'abord les monter au sens le plus physique du terme : les soulever, les hisser, et quand elles reposent dans des écrins de fer, de bois, de bakélite, bref dans ce qu'on appelle des moniteurs, ce n'est pas très facile de les manipuler en l'air. Il faut du muscle, du doigté, lestas de l'équilibre. Coste a tout cela. Et à revendre. Dans une expo collective quand il a fini son bidule, trois heures avant le vernissage, on le voit toujours fignoler le machin des copains.
On comprend pourquoi les installations vidéo de Michel Coste semblent si aériennes, aérées. Elles flottent souvent, s'envolent quelquefois, toujours gravitent hors de la pesanteur. Et du coup les images qu'elles transportent ont l'air d'appartenir à une autre planète. Ce ne sont plus des oiseaux, de l'eau, des femmes, des fleurs, des couteaux, des textes, des montagnes, des yeux ou des cieux, mais des chemins sans fin, des croisements obliques, des moment circulaires, des plis vertigineux.
Coste peut envoyer n'importe quoi dans l'espace. Il a Ies vaisseaux faits pour et dans chacun votre place est prévue, à droite du pilote. Il vous embarque, l'animal, et vous vous retrouvez vite dans les étoiles. Comme chez Disney. Secousses garanties.
Michel Coste a su faire d'un art réputé élitiste, un spectacle attirant. Si ses installations vidéo sont si demandées - au point qu'il figure en tête du top 50 des artistes français les plus exposés - la raison en est là : le public s'y retrouve, peut prendre les commandes, le voyage accompli est avant tout le sien. Il dit merci, bravo. L'amateur d'art aussi apprécie le parcours. Il sait que le circuit recèle des finesses, des virages parfaits, des coupes réfléchies, des changements de vitesse remarquablement négociés, des transparentes somptueuses aux couleurs mémorables, des clins d��il à l'Histoire, des dramaturgies instantanées.
L'art de Coste ? Parler en temps de guerre un langage de paix. La langue des images simultanées, servies chaudes aussitôt que taillées dans le vif de la réalité. Coste la module à l'envers, plus vite ou plus lentement, affaire de stratégie. Et surtout en silence, Alors chut ... écoutons ! N'entendez-vous pas, mes yeux, le bruit paisible des électrons ?
J.P. Fargier - Juillet 93 (critique Art press.)
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